Justice, leur profession de foi

L’instant de la destruction
L’instant de la destruction
novembre 10, 2015
enchantement
Architectures de l’enchantement
novembre 10, 2015
D.A.N.C.E

Des centaines de gens faisant des signes de croix, le support de crucifixion comme élément principal de décor, Benoit XVI recevait Bush pendant que la foi s’exprimait à La Cigale. Non pas une foi chrétienne mais une foi dans une électro retrouvée ou renouvelée dont Xavier de Rosnay et Gaspard Augé sont les apôtres.

Le symbole chrétien choisi comme emblème par Justice surprend, interpelle et fédère. Il attire les rock-gothiques et élargit la cible d’un groupe initialement destiné à plaire aux kidz fluo ou by Colette. Mais plus qu’un univers visuel finement élaboré par So Me et Ed Banger, dans la veine du décorum robotique des Daft Punk, c’est bien par sa musique que Justice fait sa profession de foi avec un premier album, sans nom, si ce n’est cette omniprésente “†”.

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Et ce premier album, sorti ce 11/06, était attendu par beaucoup comme le messie. D’abord parce que le buzz créé autour de Justice est monté en puissance depuis 2003 et la sortie du désormais mythique remix de Never Be Alone de Simian. Ensuite, parce que 2007 s’annonce comme l’année du retour de l’électro en général. Les albums de Justice et Digitalism, le concert événement des Daft Punk et une scène électro qui se fait connaitre en marge des valeurs sures Daft Punk ou Vitalic.

Lorsque les Daft Punk sortent Homework en 1996, une bonne partie des titres sont déjà connus des plus assidus. 11 ans plus tard, les Justice appliquent la même recette et confient à leurs fidèles 12 titres dont la moitié est déjà sorti sur différents EP. Décevant ? Pas du tout, tant l’ensemble est assuré. † c’est un peu moins de 50 minutes d’une magistrale symphonie gothico-funky-electro. Pas la moindre erreur, dès la première écoute l’oreille se convertie et les suivantes finissent de convaincre au fur et à mesure de la découverte de détails sonores subtils dans certains titres pourtant saturés d’apparence.

L’épopée commence par l’excellent Genesis, une mélodie sombre qui se termine sur quelques notes plus lumineuses, transition parfaite vers Let There Be Light et ses sons aigus saturés ouvrant sur une séquence plus douce de piano. Une fois la lumière atteinte, place au bonheur et les chants d’enfant du générationnel D.A.N.C.E. qu’on ne présente plus puis un passage (un peu sec) vers le funk du sympathique New Jack. Un titre original qui se cale toutefois assez difficilement dans l’album puisque la transition vers le très ténébreux Phantom Part 1 surprend. Le titre Phantom, samplé du titre“Tenebre” de Goblin, se décline ici en deux parties avec une Part 2 superbement séquencée.

S’en suit le romantique Valentine et sa mélodie qui fait penser à la “Boum”. Soirée à laquelle vous êtes invité dans The Party avec la hot chick Uffie pour un titre plus posé, sorte de pause avant d’attaquer une fin sans répits. Une montée en puissance qui démarre avec DVNO, s’enchaine avec le bien nommé Stress pour exploser dans le monstrueusement efficace Waters of Nazareth. L’album se termine enfin sur une descente daft punkienne et le sympathique One Minutes to Midnight.

L’album de Justice n’est pas une révolution et on trouve probablement plus d’originalité chez d’autres artistes électro moins renommés mais au diable l’originalité absolue, † n’est pas commun et est à la fois tellement efficace !